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De la sémantique du mot « Êga »

Entendons par sémantique, la science des significations. Ainsi, les mots que nous utilisons dans nos commerces quotidiens, sont toujours revêtus du manteau d’une signification, d’un sens. Qu’en est-il alors du mot « êga » ?

Situation géographique des Egas

L’évocation du mot « êga » transporte inexorablement, sans aucune forme de gymnastique intellectuelle, dans cette petite enclave situé à Divo ; précisément entre Divo, Fresco, Guitry et Lakota. Disons sans circonlocution que l’êga, est une langue parlée par le peuple qui en porte le nom (les Egas) et dont la situation géographique est faite supra. Il se pose toujours la problématique de l’appartenance des Êgas à la grande famille des Didas. J’y ai apporté une réponse dans une publication, intitulée ‘’Les Êgas sont-ils des Didas ?’’ (sur le site ‘’le pays dida’’). Mais d’aucuns semblent toujours s’embusquer derrière une épaisse muraille d’amour-propre, de complexe claudiquant et malodorant, pour pondre des déclarations aussi alarmantes, gratuites que moyenâgeuses, sur les origines des Êgas.
La présente publication entend pour sa part lever un coin du voile sur cette importante thématique qui relève d’un niveau extrêmement élevé et pour laquelle, les intellectuels Êgas devraient organiser des assises dont les résultats serviraient à la communauté scientifique tout entière, mais aussi et surtout à la postérité êga. Tel est mon souhait le plus irascible.

Décryptage morpho-sémantique du mot « êga »

D’un point de vu grammatico-linguistique, le mot, c’est un monème, ou morphème, dont on étudie les variations grâce à la morphologie (forme) : le lexème est la partie constante du mot, le grammatème permet d’identifier la déclinaison (s’il y a lieu), la conjugaison, les marques de genres et de nombre (ex. « chantons » = « chant », lexème, + « ons », grammatème). On peut également considérer le mot selon sa classe ou sa nature (verbe, nom, adverbe, adjectif, déterminant, etc.)
En ce qui concerne le mot « êga », il serait à l’origine dans la classe grammaticale des verbes, avant de basculer dans celle des noms ; et ce, sous la tyrannie de l’évolution de l’histoire. La voyelle « ê » à l’initiale est le grammatème et « ga » le lexème ou l’invariant. Le verbe « êga » ou « iga » pourrait se conjuguer en êga, de la manière ci-après :

Ni ga / je prépare ou je cuis l’aliment à l’étouffée
Ↄ ga / tu prépares ou tu cuis l’aliment à l’étouffée
Li ga / il ou elle prépare ou cuit l’aliment à l’étouffée
Wa ga / nous préparons ou cuisons l’aliment à l’étouffée
ꞃu ga / vous préparez ou cuisez l’aliment à l’étouffée
mu ga / ils ou elles cuisent l’aliment à l’étouffée

Le verbe « êga » signifie donc « cuire » ou « préparer ». Ostensiblement, le grammatème « ê » a disparu, laissant libre place aux différents pronoms de la personne, alors que le lexème « ga » est resté constant, inaltérable.

De l’origine du verbe « êga » ou « iga »

Selon l’histoire, la Côte d’Ivoire s’est peuplée par vagues successives (théorie que je ne partage jamais) suite à des mouvements migratoires motivés par des désirs mercantiles ou des guerres tribales. Ceux qu’on appelle aujourd’hui les Êgas, partageaient le même foyer (groupe) que les Akyés (attiés), Odjoukrous (Adjoukrous), les Kyamans (Ebriés), les Alladjans, les Abeys (les Krobous notamment), etc. C’est la raison pour laquelle certains historiens et ethnologues classent les Êgas dans la famille ethnolinguistique kwa ou akan lagunaire. J’en veux pour preuves Ohouot Assepo et Jean-Matial Kouamé tous deux de l’Université Félix Houphouët Boigny de Cocody. Lisons :
« L’aire ethnolinguistique Kwa: elle est estimée à 42,5% de la population nationale ivoirienne et couvre l’Est, le Centre et le Sud-Est de la Côte d’Ivoire. Elle est constituée de deux sous-groupes (les langues akan et les langues lagunaires). Les langues akan sont: l’Abron, l’Agni et le Baoulé. Les langues lagunaires comprennent: l’Abbey, l’Abidji, l’Abouré, l’Adjoukrou, l’Alladian, l’Appolo, l’Akyé, l’Avikan, l’Ebrié, l’Ega, l’Ehotilé, l’Essouma, le Krobou, le M’batto. Les langues dominantes dans cette aire linguistique sont le Baoulé et l’Agni. Ces langues occupent également la moitié sud du Ghana. » (Confère Jean Martial Tapé, diversité linguistique en Côte d’Ivoire, UFB-Cocody).

Cette position est amplement partagée par l’aménagiste ivoirien Antoine Auhouot Assépo : « Les kwa de l’intérieur (anciennement dénommés les akans) comprennent les ethnies et langues correspondantes suivantes : Abbey, Akyé, Agni, Baoulé, Odjoukrou, Alladjan, etc. Ces ethnies occupent de grandes espaces. Il y en a d’autres qui sont vers de petites enclaves et ne concernent qu’un nombre limité de locuteurs : Krobou (région d’Agboville et de Tiassalé), Êga (Divo), Avikam (Grand-Lahou), BGliwa (Alépé) (Auhouot Assépo (UFB-CI).
Les Êgas seraient donc des Akans !

Que disent les défenseurs indécrottables d’une culture êga, unique en son genre ?

Je donnerai ma position infra.
De la conjugaison du verbe « êga » ou « iga », les Êgas seraient le groupe qui faisait cuire ses aliments de manière assez atypique. Il s’agissait de cuire à l’étouffée leur aliments dans les feuilles de jonc (feuilles d’attiéké). Et quand on demandait l’un d’entre eux en situation de cuisson, il répondait « iga ». Les Akyés auraient emprunté cette technique de cuisson aux Êgas. C’est ce qui est reconnu aujourd’hui, sous l’appellation populaire de ‘’Bieukeusseu’’ dont certains peuples se targuent. Les recherches ont fini par montrer que le mot « iga » relève du lexique dida. Cela est vrai à Divo et à Lakota. Les Êgas seraient-ils donc des Didas ? La réponse intelligente s’impose d’elle-même.

Du peuple êga et du peuplement de la Côte d’Ivoire

Si certains de mes frères Êgas tiennent des philippiques contre moi, parce que je soutiens mordicus que les Êgas sont des Didas, je les comprends amplement et je suis en partie d’accord avec eux. D’ailleurs, ma position a toujours été claire comme de l’eau de roche et invariable : ‘’Les Êga sont des Didas par adoption’’. Cette phrase sous-entend que les Êgas ne sont pas à l’origine des Didas. Par ailleurs, soutenir que ‘’les Êgas sont des Didas par adoption’’, ce n’est pas intellectuellement parlant, dénier toute identité culturelle typique aux Êgas. Loin s’en faut !

En effet, l’histoire du peuplement de la Côte d’Ivoire connaît de nombreux balbutiements et je soutiens qu’elle doit être revue. Depuis l’école primaire, l’on nous a gavé de leçons comme quoi, les Mandés sont venus du Nord (Burkina Mali), les Akans de l’Est (Ghana), le Krou de l’Ouest (Libéria). Alors trois questions s’imposent à mon esprit :

  1. ) la Côte d’Ivoire était-elle une terre vide, non peuplée avant l’arrivée de toute cette ribambelle ?
  2. ) d’où sont venus les Libériens, les Burkinabés, les Maliens, les Ghanéens pour occuper les territoires qu’ils occupent actuellement ?
  3. ) Pourquoi c’est la Côte d’Ivoire seule qui est un melting-pot, en Afrique de l’Ouest? Après échange avec un éminent historien ivoirien, j’ai appris que la Côte d’Ivoire avait deux peuples anciens, avant l’arrivée de la Reine Abla Pokou et son peuple ; à savoir les Ehotilés (Adiaké, peuple formé par un seul village aujourd’hui et que j’ai eu la veine de visiter l’an dernier) et les agwas, peuple qui n’existe plus.

Ce pan de l’histoire s’est fourvoyé sur la question des Êgas, car ils font aussi partie des peuples très anciens de la Côte d’Ivoire. Les Êgas de sources séculaires (qu’on aurait dû appeler les Odjohobos (et qui ont connu le même sort que le peuple agwa)) ne sont venus de nulle part. Les Odjohobos se retrouvent encore en petits foyers ou familles dans quelques villages êgas, tels que : Gniguedougou, Gnama, Dairo, etc. Ce sont eux les vrais propriétaires terriens et ivoiriens de source séculaire et de longue date de la partie du territoire occupée par les Êgas actuels.

La mythologie des Odjohobos nous enseigne qu’ils sont sortis de terre, celle des Agwa nous enseigne aussi que les Agwas sont sortis de terre.

Quant aux Ehotilés, leur mythologie nous enseigne qu’ils sont descendus du ciel. Non et non ! Aucun descendant d’Adam et Êve n’est descendu du ciel, ni sorti de terre.

Le dire ainsi est une marque d’ingratitude contre Dieu ! Quand un peuple a perdu ses origines, alors, il fait appel à des mythes de ce genre. Le mythe lui-même étant par définition un récit imaginaire pour expliquer l’origine et la fin des choses.

Pour finir, je voudrais révéler que je suis très outré face à cette question des origines des Êgas qui est méconnue du monde entier, en général et de la Côte d’Ivoire en particulier. Ma douleur interne est d’autant plus grande, quand je vois des intellectuels Êgas se délecter à écouter des intellectuels d’autres régions, leur parler de leur propre histoire ; histoire d’ailleurs galvaudée. Mais le changement de la donne nous appartient à nous-mêmes, Êgas. C’est la raison pour laquelle, je suis en train de prendre du temps pour écrire sur ce peuple atypique, mon peuple : Les Êgas.

Par Abraham Gbogbou

Président,
Union des Frères Êgas, UFREGA

LES COMMENTAIRES

Sylva Mozes Towe Merci GRANDO, si je t’avais comme un PAPA hier , je perirai aujourd’hui. Cette lecture est d’autant plus claire, à comprendre, comme nous disait. Laurent Gbagbo. l’homme doit connaître son histoire, et son origine. Merci beaucoup , président Gbogbou Dieu vous bénisse.

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Répondre20 h

Lebienheureux Gbogbou Merci frère Syva Mozes Towe. Nous devons travailler ensemble à écrire l’histoire vraie de notre communauté. C’est profitable pour nois aujourd’hui et notre postérité

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Répondre19 h

Gnadou Dano Zady Félicitations pour ton travail mon frère bien aimé Lebienheureux Gbogbou. Le voilà publié ici sur Le Pays Dida : https://lepaysdida.org/de-la-semantique-du-mot-ega/ POUR / EN LA PATRIE, NOUS NOUS ENRACINONS DANS LA VÉRITÉ!Gérer
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Lebienheureux Gbogbou Merci vaillant héraut de la culture dida.

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Ismael Aplagbe Maba Nous on sait qu’on est EGA.. Un point.. Un trait !!!!!! @#

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Répondre14 h

Bosse Dieudonné Koudou Merci cher cadet

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Répondre11 h

Abe Ismael Gbogbou Franchement, jeune frère, je ne te comprends plus.Malgré tes recherches suavement menées, ta thèse ne fait pas l’unanimité. C’est un problème ça ? Non l’intellectuel que tu es devrait accepter les contradictions avec sagesse et honnêteté.Mais on peut s’entendre car tu as mis en exergue deux éléments très importants de ma thèse les Edjouhobo et les Ezurobo dont le témoignage historique m’a été légué par un sage de Gniguedougou en la personne de feu Basile Kloignon.Cela me conforte dans ma these que le Ega n’est pas Dida et n’a rien avoir avec le Dida même si aujourd’hui tout semble nous unir. Je voudrais t’exhorter à la courtoisie dans tes propos à l’encontre de ceux qui n’épousent pas tes idées car aucune idée n’a jamais fait l’unanimité. Tu ne relates qu’un pan de l’histoire du EGA et non toute l’histoire;saches le.
Maintenant allons au développement de notre région en laissant un temps soit peu les théories et pensées intellectuelles.Amicalement

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Répondre7 hModifié

Lebienheureux Gbogbou mdrrrrrr… Qu’est-ce que tu ne comprends plus Abe Ismael Gbogbou?

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Lebienheureux Gbogbou Abe Ismael Gbogbou, je me ris de toi parce qu’en réalité tu n’as rien compris de tout ce que j’ai dit. Frère, je n’affiche aucune couardise contre ceux qui ne sont pas d’accord avec moi. Ce serait faire une injure à ma propre conscience et aventurier dans cette flore luxuriante de la recherche. Tu parles de développement! Oui, c’est à cela que je t’ai toujours invité, toi à qui le village ne dit malheureusement plus rien. Je crois, le frère Droubly Michel t’a savamment intruis. Frère, je suis un héraut du développelent de chez nous. Oui théricien parce que la parole est création. Praticien, parce que je tuens des réunons sur le développement des Êgas. La dernière date du 21/5/2018, lundi de pentecôte chez le frère Tayoro F. Pour le compte des funérailles de feu Dr Taoa G. Je suis au four et moulin pour recueillir les cotisations. J’ai 20000 F de toi. Pour les vacances prochaines, nous comptons lancer la machine. Viens et vois! Shalom et que Dieu te garde!

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Lebienheureux Gbogbou Mon frère, aohagbe maba, ne te comporte pas comme un publicitaire de la bière Bock Solibra. ”Chez nous la bière, c’est bock.” (grand point). hahahaaaa

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Abe Ismael Gbogbou Arrêtons de polémiquer inutilement car on ne peut s’entendre sur le EGA originel et original.J’en prends pour preuve tes dires selon lesquels le EGA est Dida(voir ta première publication:Le EGA est il Dida ?) sur la page ” Je Suis EGA ” Ta réponse à cette question est plus que claire:le EGA est un Dida. Voilà l’origine de la polémique. Et je voudrais que tu respectes l’opinion contraire honnêtement et sans vergogne. C’est de bonne guerre pour la floraison des idées mon cher.Dommage que tu veux forcément qu’on accepte ta thèse et tu appelles ça “te comprendre”.Oui,je te comprends très bien mais mon cher,je m’oppose à ta thèse quelle qu’en soit l’analyse que tu en fais de ma position.C’est ma dernière réaction sur ce sujet.Pour ce qui est de mon affirmation:”le village ne m’intéresse plus”il ne s’agit pas de mon Ziki-Dies natal ni de ma région EGA ni de mon Divo.Il s’agit du village virtuel Ega que vous avez créé pour valoriser notre ethnie.Moi je le dis ta première affirmation à l’encontre de mon peuple que tu prends pour le Dida m’a glacé énormément et j’ai dit si c’est ça que ce village véhicule comme information,ce n’est pas la peine que j’y sois actif.Je crois que j’ai été clair au moins sur ma position.On peut ne pas l’accepter qu’on me la concède et la respecte car c’est ma personnalité. Merci

 

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