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La France continue d’exporter un pesticide pourtant interdit en Europe

L’atrazine, un herbicide interdit en Europe depuis 2004 continue à être exporté depuis la France. Une ONG suisse, Public Eye, publie un rapport ce lundi.

© Fournis par BFMNews

Peu cher et répandu dans les années 1960, l’atrazine, un puissant herbicide fabriqué par la firme suisse Syngenta, a été interdit en 2004 en Europe. Depuis, plusieurs pays, dont la France, continuent de l’exporter. Un double discours que dénonce, ce lundi, sur BFMTV.com, l’ONG Public Eye, confirmant ainsi une information du Monde. Au total, depuis 2004, la France a ainsi autorisé 142 exportations d’atrazine, souligne le rapport.

C’est quoi ce pesticide ?

L’atrazine est un puissant herbicide très apprécié par les exploitants agricoles car le produit est peu cher et assez puissant. “La molécule conserve son efficacité dans le sol de 2 à 6 mois”, écrit le Sénat dans un rapport parlementaire de mai 2003. Homologué en 1959, il a depuis été soumis à des restrictions d’usage. Effets indésirables sur la santé et sur l’environnement, il est finalement interdit en France en 2001, puis en 2004 au niveau européen.

Pour autant, l’atrazine continue d’être produit par le firme suisse Syngenta. “C’est un des points qui nous a alerté, raconte Géraldine Viret, responsable média de l’ONG Public Eye à BFMTV.com. Comment une entreprise suisse peut continuer à produire un pesticide interdit sur le sol européen?”

De son côté, Xavier Thévenot, porte-parole de Syngenta en France rétorque que “l’atrazine est autorisée dans 60 pays, dont les Etats-Unis. Nous avons tout à fait le droit de l’exporter.”

Vers quels pays la France exporte ?

Sur les 250 exportations constatées par l’agence européenne des produits chimiques, la France en a réalisé 142 depuis 2004, dont sept depuis janvier 2017. Vers l’Azerbaïdjan, la Suisse, le Pakistan, l’Ukraine ou encore le Soudan, un pays qui revient souvent. Et depuis 2004, le responsable de ces exports, mentionné par le site de l’ECHA, est le ministère de l’Environnement français. Contacté par BFMTV.com, le ministère n’a pas répondu à nos sollicitations.

Les exportations françaises contenant de l’atrazine depuis le début de l’année.

“Nous travaillons sur ce sujet depuis plusieurs années, rapporte Géraldine Viret, responsable média de l’ONG Public Eye. Nous avons eu accès à des documents démontrant que l’atrazine continue d’être exporté dans les pays les plus pauvres. Ce que l’on dénonce aujourd’hui c’est ce double discours. D’un côté, il est interdit en Europe, de l’autre, il continue d’être produit et exporté depuis le sol européen”. 

La France n’est cependant pas le seul Etat mis en cause cette par l’ONG. L’Italie, les Pays-Bas, la Belgique, l’Espagne ou encore la Suisse exportent toujours ce pesticide qui continue à être utilisé pour désherber les champs de maïs ou de canne à sucre. De son côté, Xavier Thévenot, porte-parole de Syngenta en France rétorque que “l’atrazine est autorisée dans 60 pays, dont les Etats-Unis. Nous avons tout à fait le droit de l’exporter.”

Pourquoi cela pose-t-il problème ?

L’Agence européenne des produits chimiques estime qu’il s’agit d’un produit “très toxique pour la vie aquatique avec des effets de longue durée, qui peut endommager des organes suite à une exposition prolongée ou répétée et provoquer des réactions allergiques de l’épiderme”.

Au niveau mondial, Syngenta reste le principal producteur d’atrazine. Deux de ses usines se trouveraient sur le sol français. Chaque année par moins de 30 millions de litres de fongicide et herbicide sortent du site aigues-vivois, rapporte Midi Libre. Ce qui pourrait expliquer les livraisons régulières de la France vers la Suisse.

Déjà l’an passé, l’émission Cash investigation avait enquêté sur les pesticides. Dans cette émission, l’équipe de France 2 avait découvert que 97% des aliments consommés en France contiennent des résidus de pesticides. Parmi lesquels des pesticides dangereux comme l’atrazine que l’on peut retrouver encore aujourd’hui dans l’eau du robinet.

Contraire à la Convention de Bamako

Autre problème soulevé par l’ONG, certaines exportations entre en contraction avec la Convention de Bamako, adoptée en mars 1996. Les pays signataires se sont engagés à interdire l’importation sur leur sol de déchets dangereux et radioactifs. En d’autres termes, ces pays considèrent qu’ils ne devraient pas recevoir un produit si celui-ci est interdit dans le pays exportateur en raison de sa toxicité. Ce qui est le cas de l’atrazine en France.

Depuis 2004, la France a exporté vers 33 pays signataires de cette convention dont le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire ou encore le Soudan.

Elodie Hervé

 

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